1659 1693 1743 1758 1778 1816 1848 1895 1930 1957 1975 2009

L’île Saint-Louis

Le rayonnement de la ville

Saint-Louis doit son rayonnement à plusieurs facteurs d’ordre naturel, culturel et historique : une frange maritime avec des plages de sables fins et un fleuve navigable, deux parcs nationaux, un patrimoine historique, architectural, traditionnel et colonial, un aéroport international et une température annuelle moyenne de 25°. Fondée par les colons français au XVIIe siècle, Saint-Louis s’urbanise au milieu du XIXe siècle. Elle est capitale du Sénégal de 1872 à 1957 et joue un rôle culturel et économique prépondérant dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Un passé chargé et riche à la fois

Bien sûr, la ville hérite d’un passé difficile. Deux siècles durant, Saint-Louis acquiert un rôle central dans la sombre histoire de l’esclavage. La ville devient le point de convergence des esclaves de l’intérieur et l’une des portes du commerce humain vers le Nouveau Monde. Bien plus sans doute que l’île de Gorée dont on a pourtant fait le symbole de ce commerce honni, on peut évoquer ici une activité à grande échelle. Au XVIIIe, on compte jusqu’à dix mille hommes transitant chaque année par la cité. De ces captiveries il ne reste plus grand-chose aujourd’hui, si ce n’est l’entrepôt Maurel et Prom dont le rez-de-chaussée abrite encore deux rangées de cellules étroites et sans lumière.

Autre exemple de cette histoire symboliquement lourde à porter, à l’extérieur de l’île, l’école élémentaire Khayar Mbengue abrite pendant plus de vingt ans, au tournant du XXe siècle, l’Ecole des fils de chefs, surnommée « l’Ecole des otages », dont l’objectif consiste à former à la culture française les fils des aristocrates de la région.
Mais Saint-Louis s’est surtout illustrée par un illustre passé, d’abord en tant que capitale de l’AOF, témoignant d’un important échange de valeurs et influençant le développement de l’éducation, de la culture, de l’architecture, de l’artisanat et des services dans une grande partie de la sous-région.
Par ailleurs, l’évocation du Bou el Mogdad, bateau mythique pour ceux qui l’ont une fois emprunté dans leur vie, déclenche beaucoup de souvenirs parce qu’à l’époque coloniale il n’y a pas de routes. Ainsi l’élève qui réussissait l’entrée en sixième prenait le Bou el pour aller faire ses études à Saint-Louis. C’est alors une étape importante dans la vie d’un homme.

Avec l’épopée de l’aéropostale, Saint-Louis signe avec l’histoire une nouvelle page de la civilisation universelle. Le 12 mai 1930, Mermoz, Dabry et Gimie à bord d’un Late 28-3 baptisé le " Comte de la Vaulx ", décollent de Saint-Louis pour parcourir 3 173 Km en 21 heures 10 minutes de temps et battre le record de distance en ligne droite pour hydravion. C’est d’ailleurs sur cette même ligne que Jean Mermoz devait disparaître six années plus tard. On peut aujourd’hui revoir le ponton de décollage et retrouver de nombreuses images de cette aventure technique et humaine.

Une situation géographique exceptionnelle

La localisation de la ville sur une île à l’embouchure du fleuve Sénégal, son plan urbain régulier, son système de quais et son architecture coloniale caractéristique confèrent à Saint-Louis sa qualité si particulière et son identité. Le tracé orthogonal des rues reste typique de l’urbanisme colonial pensé par les officiers du génie. Un plan quadrillé qui laisse peu de place à la nature et permet par contre une forte urbanisation de l’île.

Sur les quais se succèdent les bâtiments couleur ocre et pastel, anciennes factoreries et autres comptoirs de commerce. Au fil des rues, on retrouve une architecture méditerranéenne adaptée au climat tropical, avec des maisons bâties autour d’une cour, souvent d’un étage, voire deux, dans le centre de l’île, le rez-de-chaussée servant de commerce à l’ombre des arcades. Le remarquable travail en fer forgé de certains balcons rappelle les ruelles de la Nouvelle-Orléans et rajoute sans conteste à la grâce de la cité.

Face au pont, trônant au centre de l’île, la Gouvernance est à l’origine un fortin transformé en comptoir colonial incluant magasins, chapelle, casernements et esclaveries. C’est en 1830 que le bâtiment encore debout aujourd’hui est construit, imposant sa façade en succession d’arcades et de balcons.

L’hôpital régional, situé au sud de l’île face au quartier de Guet-Ndar, a été construit en 1822. A l’époque, il accueille entre huit et neuf cents malades par an, principalement européens, et constitue le principal centre médical d’Afrique de l’Ouest. Rénové et agrandi récemment grâce à la coopération luxembourgeoise, il a conservé son style colonial.

La gare ferroviaire de Sor mérite elle aussi le détour avec sa toiture à double pente de tuiles rouges et sa structure de métal et de briques. Construite en 1908, elle constitue alors le terminus de la première ligne ferroviaire d’Afrique noire, reliant Dakar à Saint-Louis. Au sud de l’île, se trouve aussi l’ancienne pension des sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny, large villa rendue célèbre par son escalier central à double révolution qui fascine toujours les étudiants en architecture.

Quand nature et culture se mêlent pour ne plus se quitter

La ville est bâtie sur les bancs sableux de l’embouchure du fleuve Sénégal. L’omniprésence de l’eau et la caractéristique essentielle du site donnent à Saint-Louis son caractère amphibie.
Avec les régates sur le fleuve Sénégal, les pêcheurs de la langue de Barbarie trouvent dans ces joutes des moments privilégiés pour se divertir et oublier les drames de la mer.

Le parc de Djoudj, sanctuaire naturel à intérêt mondial, classé par l’Unesco en 1981, est un de grands sites d’hivernage africain des oiseaux migrateurs avec près de 370 espèces observées sur 16 000 ha.

L’ancrage culturel de la ville se dessine aussi à travers le jeu des faux lions ou " Simb ", le Fanal, le carnaval, les signares et les théâtres de quartiers. Saint-Louis trouve aujourd’hui une dimension internationale à travers de nombreuses manifestations culturelles dont le premier festival de Jazz du continent.

Pilotes, chefs coutumiers, aventuriers, colons, esclaves, religieux, militaires, marchands... Les fantômes de Saint-Louis sont nombreux et leurs belles âmes planent encore sur la ville. Par chance, ils ont laissé suffisamment de traces pour nous laisser revisiter avec eux quelques pas de l’histoire. Commencé d’ailleurs il y a quelques années, le travail de valorisation de cette histoire et de ce patrimoine est impératif. Il existe donc dans la ville un circuit patrimoine avec, d’une part, une signalétique directionnelle qui permet aux visiteurs d’accéder facilement aux sites et monuments. Et d’autre part, une signalétique indicative qui explique succinctement l’histoire de ces sites et monuments. Saint-Louis est donc prête aujourd’hui, à dépasser son patrimoine et à entrer dans le nouveau siècle.

 

Sur cette rubrique

 

 
         
    Site réalisé par © Cyber-Prod 2009
Saint-Louis du Sénégal